Huo Yuanjia // Père du Wushu moderne

Publié le 14 Avril 2020

Huo Yuanjia // Père du Wushu moderne

A la fois symbole de la résistance face aux puissances étrangères au début du XXème siècle, de la fierté retrouvée du "Peuple malade de l'Asie" (dans un climat post-insurrectionnel durant laquelle les Arts Martiaux avaient été officiellement prohibés suite à la Révolte des Boxeurs) et Maître inspirateur de nombreuses générations comme Bruce Lee (qui a d'ailleurs appelé le "Jeet Kune Do" en référence à une forme de Mizong Quan), Maitre Huo Yuanjia est un personnage incontournables de l'Histoire des Arts Martiaux Chinois. Notamment popularisé grâce à de nombreux films comme "La fureur de vaincre", "Fist of legend" ou "Le Maitre d'arme", entre légende et réalité, voici l'histoire de ce petit garçon chétif devenu Héros National.

Né à Tianjin en 1868 dans le village de Xiaonan (Province du Hebei, Nord de la Chine), Huo Yuanjia est le cadet de quatre frères. Son père, Huo Endi, était le Maitre héritier en Mizong Quan (迷蹤拳, Boxe du labyrinthe ou Trace perdue, branche de la famille Huo de Tianjing fondé par Huo Xuwu) et le fondateur d'une société très renommée de gardes du corps escortant les caravanes.

La famille Huo habitait alors Jinhai un petit village proche de Tianjin.

De nature chétive et souffrant d'Asthme, Huo Yuanjia se vit rapidement écarté par son père de la pratique des Arts Martiaux pour se soumettre à des pratiques plus intellectuelles. Il reçu une éducation très stricte au coté de son tuteur, Chen Seng Ho, chargé de lui enseigner les valeurs confucianistes en échange des cours de boxe qu'il recevait lui même au sein du clan Huo. Huo Yuanjia, frustré de ne pouvoir accéder à cette héritage familiale et désireux de montrer qu'il était capable tout comme ses frères de pratiquer les Arts Martiaux, fini par apprendre en cachette les formes de Mizong Quan (avec le soutien de son tuteur qui avait fini par céder face à la détermination du jeune garçon).

Il poursuivra son apprentissage en cachette jusqu'en 1891, date à laquelle la famille Huo fut défiée par un célèbre boxeur du HenanDu Xinwu (1869 – 1953).
En effet, à la surprise générale, Huo YuanJia terrassa Du XinWu qui venait de battre les meilleurs élèves du clan. Il avait alors 22 ans. Huo Yuanjia prouva à son père qu'il pouvait être digne de la tradition familiale malgré sa faible constitution.
A la suite de ce combat, il offra l'hospitalité à Du XinWu le temps pour lui de panser ses blessures. Les vertus martiales (wude - Wouté) était très importantes à cette époque car on redoutait les vengeances destructrices liées au déshonneur d'une défaite ! Il est à noter que le fameux Du Xinwu était le créateur du style Ziran Men (Ecole naturelle), basé sur l’art du combat avec un travail de jambes redoutable.

Huo Yuanjia travaille ensuite pendant plusieurs années dans l'entreprise familiale et commence à distiller des cours aux habitants de la ville. Son premier disciple fut Liu Zhensheng, un boxeur du Shangdong qui exerçait lui aussi la profession de garde du corps (incarné par Bruce Lee dans « La fureur de vaincre »).
A partir de là, la réputation de Huo ne fit que grandir, notamment grâce aux nombreux combats remportés contre tous ceux qui voulaient en découdre dans la province de Tianjin.

S'en suit une période sombre pour l'entreprise familiale. Le climat politique est tendu. Après les nombreuses défaites de la Chine (Notamment contre le Japon) et la révolte des boxeurs (1899 - 1901), la nation est désormais entièrement sous le joug des pays européens et du Japon. Les forces occupant la Chine n'hésitaient pas alors à afficher leur supériorité et avaient même surnommé les chinois "le peuple malade d’Asie" (Il semble que les Britanniques soient à l’origine de ce surnom, Beaucoup d’occidentaux avaient pris pour habitude d’intimider et de rabaisser les chinois : menaces, coups, humiliations étaient choses courantes).

C'est aux environs de 1910 que Huo Yuanjia rentre dans la légende lorsqu'un Boxeur anglais, après avoir exécuté une démonstration, lance un défis ouvert à tout le peuple Chinois (Les démonstrations d’hommes forts devaient être une nouveauté pour les chinois. Dans leurs numéros, les hommes forts prouvaient leur qualité physique en tirant ou en soulevant des poids, par exemple, et mettaient les spectateurs au défi de les rejoindre sur le ring. Il est probable qu’O’Brian ne bravait pas les chinois en raison de leur nationalité, mais plutôt parce que cela faisait partie du spectacle. Or, les chinois, peu habitués à cette manière de faire, se sentirent insultés). Un groupe de nationalistes chinois se met alors à la recherche d'un champion à la hauteur du défi et Huo Yuanjia fut rapidement mentionné. Il fallut discuter des modalités du combat, car Huo Huanjia ne connaissait rien aux règles des matchs occidentaux. Il craignait également les conséquences de la mort possible d’O’Brian pendant le combat. Certaines sources disent que Huo Yuanjia a gagné ce combat. D’autres affirment qu’O’Brian ne se présenta pas, soit en raison de son mépris envers les chinois, soit parce qu’il avait déclaré forfait, au vu de la détermination de son adversaire.

Huo Yuanjia aurait alors lancé un défis ouvert à tous les pratiquants. Défis qui aurait été relevé par Chao, un homme de grande taille, qui perdit contre un élève de Huo. Maitre Chang quant à lui avait voulu se mesurer à Huo directement, il perdit lui aussi.
Huo Yuanjia aurait déclamé à cette occasion un discours sur les Arts Martiaux Chinois...

Le peuple chinois pouvait enfin de nouveau relever la tête grâce aux victoires et au charisme de Huo YuanJia.

Sa réputation faite, Maître Huo fût soutenu dans sa démarche patriotique de créer une Ecole moderne d'Arts Martiaux Chinois dans la concession nippone, L'Ecole "Jing Wu" (Quintessence Martiale). L’objectif visé par Huo Yuanjia était de permettre à tous les Chinois d’apprendre les arts martiaux et de se renforcer afin de défendre le pays. Il ne s’agissait pas seulement d’enseigner des techniques de combat, mais de structurer l’enseignement et la pratique du wushu pour en faire une discipline moderne et organisée, accessible à tous (comme cela s’est vu au Japon pour le judo, le karaté et l’aïkido). Huo Yuanjia se serait également inspiré de modèles étrangers, tels que l’Ecole normale militaire de gymnastique de Joinville, fondée en 1852 par Napoléon III : cette école avait pour objectif la formation de moniteurs militaires de gymnastique. Mais cette « École (allait) rapidement s'impliquer hors de l'espace propre à l'armée en profitant de la double opportunité de l'obligation de la gymnastique dans les écoles publiques et de l'absence de dispositifs de formations à l'éducation physique scolaire » (Pierre Simonet et Laurent Veray : L'Empreinte de Joinville 150 ans de sport, INSEP, Les cahiers de l'INSEP, 2003).

Bruce Lee a d'ailleurs écrit à ce sujet « Il fut le premier au cours des quatre derniers siècles de l’histoire du kung fu à établir un institut dans lequel les techniques de plusieurs écoles étaient enseignées. L’institut Jingwu rayonna à travers toute la Chine. Ce fut un célèbre patriote, prêt à chaque instant à défendre son pays . Plusieurs artistes martiaux japonais le défièrent. Il se rendit également en Sibérie où il tua plusieurs lutteurs russes avec un coup unique. Les étrangers l’appelaient le tigre à face jaune ! ».

Maître Huo contribua donc pour beaucoup à la modernisation du Wushu. Dans son institut, on enseignait aussi bien les disciplines occidentales comme la boxe anglaise et la musculation sous forme d’agrès de gymnastique, mais également la lutte ! Huo modernisera la technique, mais aussi les modes d’entraînement du wushu au moment même oû les pratiques traditionnelles de clan étaient encore prohibés.
 

LE DERNIER SOUFFLE DU TIGRE JAUNE

Huo Yuanjia souffrait de la tuberculose et était suivi par un médecin japonais pour la prescription de son traitement. Le médecin qui était membre de l'Association japonaise de judo basé à Shanghai et qui avait beaucoup entendu parlé de sa grande maîtrise des Arts Martiaux lui a proposé de se rendre à l'Ecole du Budokan située dans la rue Penglai pour un échange amical.

Huo accepta et s'y rendit avec son meilleur élève, Liu Zhensheng. Pendant cette rencontre, Liu Zhensheng mit à mal les combattants japonais, puis ce fut au tour du maître d’affronter le champion de Judo Budokan : Saemon Yoshitaro. Après un court échange, le japonais utilisa un coup interdit et Huo Yuanjia riposta en lui brisant le bras. Il s’en suivit une bousculade dans la plus grande confusion. Pour se faire pardonner, les hôtes japonais l’invitèrent à un dîner. S’apercevant que le maître Huo était souffrant à la suite d’un refroidissement, ils lui proposèrent de le soigner dans la clinique japonaise du quartier Hongkou. Il n’en ressortit jamais.

Les causes de sa mort restent encore un mystère à ce jour.
En effet, plusieurs hypothèses s'affrontent sur le sujet. L'empoisonnement volontaire des Japonais qui n'auraient pas supporté l'humiliation de la défaite, un empoisonnement lié à la prise régulière de médicaments (En 1989, la tombe de Huo Yuanjia et son épouse a été déplacé. Des points noirs ont été découverts dans les os du bassin, dans lesquels le laboratoire de police de la municipalité de Tianjin de a confirmé qu'ils contenaient de l'arsenic. Par conséquent, il est difficile de déterminer si sa mort a été causée par un empoisonnement malveillant ou la prescription de médicaments. En effet, le Trioxyde d'arsenic a été utilisé en thérapeutique pendant environ 2.400 ans en tant médecine traditionnelle chinoise) ou encore à une Hémoptysie provoqué par une tuberculose

L'historien Chen Gongzhe, qui était aussi l'un des étudiants Huo, penchait plutot pour un décès lié à l'hémoptysie. Chen a écrit que Huo Yuanjia avait été présenté à un médecin japonais par le Maitre de judo. Le médecin lui aurait prescrit des médicaments mais la santé Huo Yuanjia continuait de se détériorer. Huo fut alors admis à l'hôpital de la Croix-Rouge à Shanghai où il mourut deux semaines plus tard. Bien que Chen Gongzhe n'ait pas mentionné que les médicaments prescrits par le médecin japonais contenaient de l'arsenic ou du poison, d'autres dirigeants de l'Association de Culture Physique Jing Wu laissait courir le bruit que Huo avait donc été empoisonné.

Huo Yuanjia est décédé le 10 septembre 1910 à 42 ans. 

Huo Yuanjia est donc mort quelques mois seulement après avoir aidé à financer l'Association Jing Wu. Avant sa mort, il avait invité Zhao Lianhe de Shaolin du Style Mizong à enseigner à Jing Wu et Zhao le fit. Par la suite, un certain nombre d'autres maîtres en arts martiaux acceptèrent d'enseigner à l'école. Le "roi des serres de l'aigle" Chen ZiZheng (Yingzhao fanzi quan), Luo Guangyu, Wang Chuanyi, Yang Weixin (qixing tanglang quan), Wu Jianquan fondateur du style wu de taijiquan et LiCunyi (xingyiquan). En Juin 1910, l'Eastern Times a annoncé la création de cette association au nom de Huo Yuanjia. Elle a été la première organisation civile de Kung Fu en Chine qui n'était pas associée à une école ou un style particulier.
 

Dénouer les faits réels des anecdotes enjolivées est toujours difficile mais ce qui est certain c'est que Huo Yuanjia aura redonné de l'espoir et de la fierté à un peuple essoufflé par une trop longue oppression.



Malgré des circonstances difficiles (mort de son fondateur, guerre civile, communisme) qui ont empêché son développement national, l’école Jingwu a connu un développement international indéniable. Pour son 10e anniversaire, elle reçut même la visite du révolutionnaire Sun Yat-sen, qui encourageait le développement du wushu. Dans les années 1940, l’institut Jingwu comptait 42 écoles.

 

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Rédigé par Kung-fu Paris

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