Boxe de l'homme ivre / Le ZuiQuan

Publié le 26 Juin 2013



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Zuì quán / 醉拳 "le poing ivre"
Le style de l’homme ivre est profondément ancré dans la culture chinoise. L’ivresse est un thème lié à la tradition Taoïste depuis l’antiquité qui connaissait une forme de danse de l’ivresse nommée ZUI WU (selon le JINBI SHILEI). La boxe de l’ivresse est signalée pour la première fois dans le QUANJING QUANFA BEIYAO un ouvrage rédigé sous les Ming (1368-1644) ou les Qing (1644-1912) qui transcrivent le chant des huit immortels ivres (ZUI BAXIAN QUANGE). En voici un court extrait:


 » A première vue, il semble ivre, mais en fait il est sobre ; sous l’apparence de cette ivresse on discerne clairement l’état réel.Fusionnés, les 8 immortels ne deviennent qu’un.Réunis, leurs points forts et leurs faiblesses, leurs fermetés et leurs souplesses se complètent.
Il inspire, sur une expiration s’incline en arrière et tombe le dos à terre, serrant une jarre dans ses bras ;
Sous l’alcool, Han Zhongli exécute la danse de l’ivresse avec son éventail.
L’immortel ivre Guolao se déplace à califourchon sur sa mule montée à l’envers.
La tête lourde et le pas léger, il semble ivre comme s’il marchait dans la boue ;
Le troisième immortel Xiangzi joue de sa flûte de fer.
N’étant sûr ni de sa gauche ni de sa droite, ne faisant plus de différence entre le haut et le bas ;
Voilà le boiteux ivre, dit Li l’immortel à la béquille de fer.
Celui qui adore faire sonner ses castagnettes, l’esprit mélancolique ;
Cao Guojiu vêtu comme au petit matin exécute sa danse de l’ivresse. [...] « 

 

La boxe de l’ivresse est un style mimétique, comme les styles animaliers. Il s’agit à l’origine de simuler l’état d’ébriété et d’utiliser la souplesse et la décontraction pour combattre. Il existe différentes formes traditionnelles de boxe de l’ivresse: boxe des huit immortels ivres (zui baxian quan), boxe des ascètes ivres (zui luohan quan), boxe du fou ivre (zui dian quan), boxe du singe ivre (zui hou quan), boxe de la mante religieuse ivre  (zui tang lang quan)… Certains de ces styles comportent des armes comme le baton ivre (zui gun), le sabre ivre (zui dao), l’épée ivre (zui jian) et la lance ivre (zui qiang).

La boxe des Huit immortels ivres, qui est vraisemblablement la plus ancienne, mime les différentes attitudes qui caractérisent chacun des huit immortels ivres du panthéon taoïste. Chaque enchaînement a une spécificité martiale et caractérise l’immortel qu’il représente. Tantôt les mains et les coudes seront les parties du corps les plus utilisées, tantôt les pieds. La personnalité de chaque immortel donne à l’exécution des enchaînements un aspect théâtral, ce qui marque l’importance qu’ont nos huit personnages dans le folklore chinois.

On distingue clairement le handicap de l’immortel boiteux (Li Tieguai) qui se pratique en sollicitant surtout une jambe. Han Xiangzi fait mine de jouer de la flûte. La seule et unique immortelle du groupe (He Xiangu), dont la féminité est clairement exposée dans le taolu, utilise de nombreux déhanchements et une gestuelle typiquement féminine.
Malgré leurs différences, toutes ces formes ont en commun d’être très riches en techniques de saisies, de luxations des articulations (qinna) , de coup de coudes, de coups de pieds et balayages de toutes sortes. Des mouvements secs, rapides et précis succèdent à des moments de décontraction; le souple et le tonique  alternent comme l’ivresse et la lucidité. La pratique de la boxe de l’ivresse nécessite une préparation physique progressive pour les déplacements en déséquilibre (zui bu), les chutes sur le dos et de coté, les sauts…



Maître Zhang Kezhi
 

Pour ce qui est de l’alcool proprement dit, il n’est pas nécessaire d’en boire pour obtenir une maîtrise parfaite de cet art. Un Maître de Zui Baxian Quan demande une fois à son disciple de pratiquer après avoir véritablement et volontairement pris de l’alcool pour expérimenter réellement la sensation de l’ivresse, mais il n’en fait en aucun cas une condition sine qua non, comme veulent bien nous le faire croire les deux films de Yuen Woo-ping (Drunken Master I et II). Jackie Chan y exécute avec beaucoup de talent  une boxe des Huits immortels ivres très proche de celle enseignée par Maître Zhang Kezhi (un des derniers grands spécialiste des styles traditionnels de l’ivresse).

Une légère ébriété procure une décontraction physique et un lâcher-prise autant au niveau gestuel que mental. Amplifié par l’ivresse, les mouvements exécutés précèdent souvent l’intention. L’ivresse noie la peur (mais rarement le chagrin), et développe la spontanéité. Le but est d’obtenir, de vivre cette « ivresse » sans absorption d’alcool. Lors de l’exécution des Taolu, on doit avoir, ce qu’en chinois on appelle la saveur de l’ivresse (wei dao).



Dans la boxe de l’ivresse traditionnelle les mouvements ont une signification martiale. Ceci fait toute la différence avec une exécution de la forme seulement esthétique comme on en trouve dans les formes modernes. Une exécution parfaite dans laquelle se manifeste la « force » (fa jing) et encore transmise aujourd’hui même si son développement est resté limité.



 

Rédigé par Alexis

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