Wong Tun Kuen / Bagua Zhang (Pakua)

Publié le 14 Novembre 2011




Maître Wong Tun Kuen
Originaire de Shangaï, installé en France depuis 1975, Maître Wong Tun Ken, expert dans de nombreux styles chinois, tant externes qu’internes, nous éclaire sur quelques aspects fondamentaux de cet art souvent méconnu qu’est le Ba gua zhang, autrement appelé boxe des huit trigrammes.

Le Ba gua Zhang (main des huit trigrammes) ou Ba gua quan (poing des huit trigrammes) est une boxe caractéristique de styles internes (Nei-ja). C’est entre le XIIIe et le XIXe siècle qu’apparaît cette pratique. Exercice de santé pour le corps et l’esprit et redoutable art martial, le Ba gua zhang doit beaucoup à Don Hai-Chuan 1797- 1882 (de son vrai nom Dong Ming-Kui) qui fut, semble-t-il, le premier à codifier la façon de marcher en cercle ainsi que l’utilisation de la paume. Selon les filiations, le Ba gua zhang s’est enrichi d’une grande variété de techniques, les élèves de Don Hai-Chuan étant bien souvent des experts dans d’autres styles. Malgré ces différents apports et plusieurs générations de pratiquants, le déplacement circulaire demeure une caractéristique fondamentale de cette pratique.

Maître Wong, on dit souvent que « sans la marche, le Ba gua zhang n’existe pas ». Que représente ce cercle autour duquel les pratiquants tournent inlassablement ?

WTK - La marche en cercle est une pratique spécifique du Ba gua zhang qui n’existe pas dans les autres arts internes comme le Xing-y-quan ou le Tai chi chuan. Dans tous les styles internes, on recherche le relâchement du corps notamment au travers de postures statiques. Dans le Ba gua zhang, on cherche à obtenir ce relâchement dans le mouvement, ce qui rend la pratique plus vivante. Par ailleurs, cette façon de marcher en cercle permet d’introduire la vrille et la spirale.

Marcher le long d’un cercle n’est pas un exercice simple. Comment apprend-on à marcher ?

WTK - La façon de marcher dans le cercle n’a strictement rien à voir avec la façon de marcher dans la vie. Il faut en effet trouver la bonne posture, se relâcher de façon adéquate et trouver des liaisons afin d’obtenir l’unité du corps. C’est un travail de concentration et d’écoute où l’on vérifie chaque point.

L’axe vertical est le premier point dont il faut tenir compte dans la marche. On cherche à relier le haut et le bas tandis que se réduisent les courbures de la colonne vertébrale (lordose et cyphose). C’est l’intention qui étire le rachis vers le haut mais il n’y a pas de geste, les muscles ne sont pas impliqués. Le corps est alors comme suspendu par le sommet de la tête. Cette façon de pratiquer la verticalité est excellente pour la santé ; elle permet de soulager les douleurs de la taille et du dos. Une autre difficulté et non des moindres consiste à unir les jambes au tronc pour former l’unité du corps ce qui permet de s’enraciner. Il en est de même pour les bras les coudes, les épaules, le dos qui doivent être parfaitement relâchés et ne doivent utiliser que la force nécessaire au maintien de la posture. Ainsi, lorsque le corps est parfaitement construit et relâché, la respiration se fait librement. Rappelez-vous que l’on cherche encore une fois à libérer le corps.

À propos de la position du bassin, on entend souvent parler de rétroversion, de quoi s’agit-il ?

WTK - Je pense qu’il y a là une confusion. En réalité, si vous parlez de rétroversion, vous pensez agir sur vos muscles pour placer le bassin dans la bonne position. C’est un malentendu ; il vous suffit de lâcher la taille pour que le bassin se mette de lui-même dans la bonne position. Si rétroversion il y a, ce n’est qu’un résultat de la décontraction. C’est pour cette raison qu’il est difficile d’apprendre au travers des livres ; il y a toujours un décalage avec la réalité.

Que pouvez-vous nous dire de la hauteur et des différents pas utilisés dans la marche en cercle ?

WTK - En ce qui concerne les jambes, la hauteur dépend du niveau du pratiquant. Les débutants doivent éviter les positions trop basses dans le travail de la marche en cercle, tant que leurs muscles ne sont pas formés. Dans la marche en cercle, il existe différents types de pas Marche de la cigogne « He Xiing Bu », Marche du coq « Ji Xing Bu », Marche dans la boue « Tang Ni Bu », chaque courant a une forme de prédilection.

Lorsque l’on tourne sur le cercle, quelle allure doit-on adopter ?

WTK - Le débutant commence par marcher à une vitesse normale, comme dans la vie de tous les jours pour s’habituer au cercle. Ensuite, la marche se fait plus lente afin qu’il puisse prendre conscience de chaque mouvement de son corps et corriger les points qui font défaut. C’est cette lenteur du déplacement qui permet l’écoute. Enfin, lorsque le corps est formé ou plus exactement rééduqué, on peu marcher de façon rapide tout en étant parfaitement relâché et en conservant la verticalité. C’est un travail long et difficile, c’est un travail interne.

Quel est le rapport entre la marche en cercle et le combat ?

WTK - En combat, on n’utilise pas la marche en cercle, ce n’est pas réaliste. On entend toutes sortes d’histoires à ce propos, cela fait partie d’un mythe largement entretenu par le cinéma. La marche en cercle permet seulement d’éduquer le corps, de pratiquer la vrille. Pensez à une serviette mouillée que l’on essore à la main ; c’est de cette façon que l’on parvient ensuite à sortir la force (Fa Jing). De plus, cette façon de pratique la vrille permet de développer différentes forces. On a bien sûr la force droite (Zong – vers l’avant ou l’arrière qui existe dans toutes les boxes) mais aussi la force latérale (Heng – à droite, à gauche ou en biais). Dans le Ba gua zhang, l’utilisation de ces forces est très subtile ; elles se combinent et sont très difficiles à repérer. De plus, la vrille et les forces qu’elle développe à partir de Zong et de Heng permet d’utiliser des angles d’attaque originaux.

Par ailleurs, lorsque l’adversaire porte une attaque, la vrille permet de changer la direction de son attaque pour le faire tomber dans le vide sans avoir à utiliser une grande force pour le contrer. Par exemple, si vous tentez de frapper une roue de bicycle qui tourne avec un bâton, vous remarquerez que ce dernier voit sa trajectoire aussitôt modifiée.

Il semblerait que la marche en cercle se pratique parfois sur des parpaings, à plat puis en travers. On voit aussi des pratiquants de Ba gua zhang évoluer autour d’une série de pieux plantés dans le sol. À quoi correspondent-elles ?

WTK - Marcher sur des parpaings à la fois de développer l’équilibre et muscler les jambes ; le pied ne repose pas en entier sur le parpaing, il faut donc travailler un certain temps avant d’être solide sur ses appuis.

Les pieux quant à eux permettent d’acquérir mobilité, vitesse et précision notamment pour développer ses capacités à affronter plusieurs adversaires. Qui plus est, on les utilise pour tester ses différentes frappes.


Wong tun Kuen enseigne principalement à Bagnolet, Maison du Taiji, 57 rue Jules Ferry
Métro: Porte de Montreuil ou Robespierre.
Horaires: Lundi de 20h30 à 22H00

Interview tiré du site www.zanshin.fr





 

 

Rédigé par Alexis

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