Publié le 16 Avril 2020

Maitre Dong Hai Chuan /// Bagua Zhang
Maitre Dong Hai Chuan


Le Pa Kua ou boxe des huit trigrammes (ou encore paume des huit trigrammes) fait parti d'un des trois grands styles internes (Neija) de Kung Fu qui tirent leurs racines de la tradition Wudang avec le Taijiquan (Taichi chuan) & le Xingyiquan (Hsing I Chuan). Cette "boxe interne" provient des pratiques taoïstes du Mont Wudang. Ces montagnes atteignant 1600m, situées à proximité de Junxian dans le Hubei, étaient le siège de nombreux ermitages taoïstes où se pratiquaient les Arts de Longue Vie (Changsheng), dont la fameuse école du Wudang (Wudang Pai). Au 18eme siècle, cette école éclata en divers styles dont le Baguazhang, qui fut popularisé à Pekin par le Maitre Dong Haiquan (Tung Hai Chuan).
 

De son vrai nom Dong Ming-Kui, né en 1797 (ou 1813 selon les sources) dans le comté de Wen'an de la province d'Hebei (village Zhu Jia Wu), est l'initiateur du style. Il voyagea (entre 30 et 50 ans, pour d’autres sources, dès l’âge de 15 ans) dans différentes provinces : Jiangsu, Anhui…à la recherche de maîtres des arts martiaux.
C’est à cette occasion qu’il aurait appris les 18 lohan quan (style shaolin). Au fil des rencontres (duels) il se fit des ennemis et changea son nom en Dong Haichuan afin de préserver sa famille.


Sur le mont Jiuhua (ou Jiu Gong) au sud de la province d'Anhui, une des cinq montagnes sacrées de la Chine, il rencontra un jeune ermite taoïste pratiquant des exercices 'basés sur la paume'. Très intrigué, Dong proposa un combat au jeune garçon et il fût vaincu. Ce après quoi Dong devint le disciple du jeune ermite et maître Bi Chengxia et de son nom de famille Dong Meng-lin. Il resta ainsi plusieurs années dans la montagne. **


Il quitte la province de JUI HUI SHAN et parcourt le pays avec pour vocation d’aider le peuple contre l’oppression. Pour cela, il est recherché par la police et trouvera refuge comme eunuque à la cours de SU WANG dans la famille de l’Empereur à Pékin.

Un jour de fête au palais, l’Empereur découvre ses compétences en arts martiaux : DONG HAI CHUAN lui apporte du thé... en se frayant un passage dans la foule des invités avec une étonnante rapidité, fluidité, souplesse et efficacité (aucune goutte de thé ne sera renversé, aucun contact avec les invités).

Devant l’étonnement de l’Empereur, il explique sa pratique et fait une démonstration de Bagua.
Sur la demande de SU WANG, il combat contre le capitaine des gardes du palais et gagne !

SU WANG le nomme aussitôt capitaine des gardes du palais. Il enseignera pour les gardes et toute les personnes désireuses de pratiquer.

Il fut nommé instructeur en arts martiaux du palais impérial.
Il enseigna le bagua zhang à Pékin, sa stèle funéraire de 1883 fait état de 56 élèves.


Plus tard, Dong devint le garde du château du prince Su où il continua d'enseigner la 'Paume des huit trigrammes' aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du château.


A Pekin, Dong Haichuan rencontra la fameuse "paume divine", Guo Yunshen du Xingyiquan, qui etait venu le defier. La rencontre, affirme la tradition, dura 3 jours sans que l'on puise les départager. A la suite de cette rencontre, un accord lia les maitres et les pratiquants de Bagua et de Xingyi.

* D’autres sources précisent que dans les montagnes de Jiu Gong (ou Jiu Hua) il découvrit 2 taoistes exécutant une boxe en tournant constamment. Dong Haichuan devint l’élève de l’un d’eux : Bi Cheng-xia et de son nom de famille Dong Meng-lin.

** L’origine de la boxe de Dong proviendrait d’une école de la boxe du Henan, le Yin Yang bapan zhang ou paume yin yang des huit rotations. Dong Menglin en serait à l’origine. Le livre « yin yang ba pan zhang », publié en 1937 par Ren Shi-Cheng, indique dans sa préface que Li Zhen-Qing, son maître, avait étudié en compagnie de Dong Han-Qing (un autre nom de Dong Haichuan) sous la direction de Dong Meng-Lin.

Les bases du Bagua s'illustrent par l'observation des phénomènes astronomiques de révolution, de rotation et de pivot. Dans les mouvements de base du Bagua on marche en tournant autour d'un point, comme la terre tourne autour du soleil. La terre effectue simultanément une révolution autour du soleil et une rotation sur elle même. Pour conserver cette image le changement de la paume en Bagua établit le même rapport qu'entre la terre et le soleil.

Recherchant de la décontraction et la fluidité dans le geste (avec une prédilection manifeste pour l'utilisation de l'énergie et un refus de la force physique) comme énormément d'autres styles chinois, le Bagua zhang (ou Pakua chang) se distingue par l'utilisation marquée de la paume de main (c'est-à-dire de la main ouverte, plutôt au poing) et par des déplacement circulaires, des rotations. Comme les autres arts internes, le Ba Gua Zhang est à la fois un art martial fondé sur une stratégie du combat originale (une stratégie du contournement et de l'enroulement), une gestuelle de santé (une thérapeutique énergétique) et une discipline spirituelle fondée sur la répétition du pas glissé, quelquefois nommé "le pas dans la boue" (ba gua tang ni bu, ?????). Comme le Tai Ji Quan ou le Xing Yi Quan, le Ba Gua Zhang ne sert à désigner pas un style unique, mais plutôt une famille d'écoles qui ont des points communs et des différences autant dans les déplacements que dans le positionnement des mains. Citons : l'école Cheng avec sa main du dragon (long zhang), l'école Yin (avec sa main en langue de bœuf, niu she zhang) qui sont les plus représentées. Et même toujours au sein de ces écoles, les différents maîtres qui transmettent actuellement leur art ont manifestement chacun leur saveur propre. Un certain nombre de principes sont cependant accepté par les différentes écoles; ils sont résumés dans un texte anonyme connu sous le titre de Shi yao ba fa, ????, les Dix ordres et les huit principes. En voici une traduction envisageable :

 

LES PRINCIPES DU BAGUA ZHANG /// PAKUA CHUAN

Shi yao : Les 10 Commandements

Tête : Tête et nuque droite, le regard à l'horizon, le cou vide et le vertex étiré, l'esprit et l'intention présents.

Dos : Rentrer la poitrine, et arrondir le dos, la force presse le corps en avant, sans tension ni raideur ; il se déploie avec naturel.

Épaules : Elles communiquent, détendues, relâchées, pour que la force arrive dans les mains.

Bras : Le bras avant se déplie ; le bras arrière protège le corps, de sorte qu'en roulant ou en perçant, les transformations épousent les * inflexions du cœur.

Coudes : Descendre et baisser les coudes pour que la force soit transmise aux mains ; il faut insister sur les coudes, pour se préserver pendant les attaques.

Mains : Pouces écartés, majeurs à la verticale, quatre doigts collés, Bouche du Tigre arrondie.

Taille : Elle est comme un essieu, de sorte que souplesse et dureté alternent ; elle vrille et tourne, avec force et agileté.

Fesses : Au «fond de la vallée», rétrécir et tirer (contracter le périnée) pour faire communiquer ??, Renmai et Dumai, l'énergie descend au Champ de cinabre ; rétroverser les hanches et rentrer les fesses.

Cuisses : L'avant des cuisses conduit les mouvements, l'arrière sert d'appui et de contrôle, les genoux sont rassemblés vers l'intérieur et les cuisses avancent comme des ciseaux.

Pieds : Le pied intérieur avance droit, le pied extérieur est un peu rentrant, glissant comme sur la boue, orteils verrouillés pour saisir le sol.

 

BA FA: LES HUIT PRINCIPES


Les 3 DING, Tirer
Tirer la tête - pour assurer la verticalité
Tirer la langue (contre le palais)  : pour produire la salive, reconnue comme une liqueur précieuse
Tirer les paumes (en cassant les poignets)  : pour renforcer les mains, et donner de la force aux doigts

Les 3 KOU, Verrouiller
Verrouiller les épaules : pour que la force se transmette aux coudes
Verrouiller le dos des mains : pour que la force afflue dans les mains
Verrouiller le dos des pieds : en saisissant le sol avec les orteils, de sorte que toute la force enracinée dans les pieds puisse se transmettre à tout le corps et que les positions soient stables

Les 3 YUAN, Arrondir
Arrondir le dos : (en gonflant les omoplates), pour transmettre la force dans les bras
Arrondir la poitrine : pour décontracter les pectoraux et les épaules
Arrondir la Bouche du Tigre : pour transmettre la force dans les doigts et pouvoir l'émettre

Les 3 MIN, Agilité-Rapidité
Le cœur doit être agile et rapide : pour pouvoir s'adapter à l'ensemble des transformations de la situation
Le regard doit être agile et rapide : pour discerner les mouvements dans les six directions
Les mains doivent être agiles et rapides : pour sortir et piquer l'adversaire

Les 3 BAO, Preserver
Préserver le cœur et l'intention : pour que l'énergie ne se perde pas à l'extérieur
Préserver les flancs : pour y retenir toute la force
Préserver l'audace et le courage : pour rester uni face à l'adversaire

Les 3 CHUI, Descendre
Descendre l'énergie au Champ de cinabre (en respirant naturellement).
Descendre les épaules, pour permettre à la force de descendre dans les coudes
Descendre les coudes : pour permettre au dos de s'arrondir

Les 3 QU, Plier
Les bras sont pliés : pour que l'énergie puisse circuler
Les jambes sont pliées : pour pouvoir enraciner le corps
Les poignets sont pliés : pour pouvoir augmenter la force des mains

Les 3 TING, Dresser
Dresser le cou : pour faire monter la vitalité
Dresser la taille : pour permettre à la force de circuler dans tout le corps
Dresser les genoux : pour qu'ils puissent libérer toute leur force, que l'énergie et l'esprit puissent galoper

Extrait de Ba Gua Zhang, Liu Jingru, p. 62-63 et traduit par J. Ravenet dans Transmission Vivante du Ba Gua Zhang (Guy Trédaniel Editeur, 2007)



STRATEGIE DE COMBAT

L'art du Ba Gua Zhang est fondé sur une stratégie du contournement. Les déplacements circulaires visent à éviter l'affrontement, le face-à-face, c'est-à-dire à esquiver les pièges d'un rapport de force qui jouerait à mon détriment. Il s'agit de se dérober au face-à-face et de passer sur les côtés ou dans le dos de l'adversaire. Les esquives du corps fondés sur ces déplacements se font par frottements des membres supérieurs, plutôt que par chocs. Ce style inclut aussi un travail de frappe, et un travail de projection - en particulier dans la lignée Cheng, puisque Cheng Ting Hua était un spécialiste de Shuai Jiao, la lutte chinoise. Quant au travail de frappe, il est rendu complexe par l'inertie de la force centrifuge. C'est pourquoi le Ba Gua Zhang est fréquemment étudié en synergie avec des styles qui compensent cet inconvénient. Le plus fréquemment, il est étudié en même temps que le Xing Yi Quan, la Boxe de la Forme et de l'Intention. L'un des grands derniers maîtres vivants, Liu Jing Ru, le pratique aussi en synergie avec le Liu He Tang Lang Quan, la Mante Religieuse des Six Harmonies. Ces deux derniers styles appartiennent aussi à la famille interne : mais ce sont des styles linéaires qui permettent au contraire de travailler en ligne droite, dans l'axe de l'adversaire.

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Rédigé par Alexis

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